Règles de barre : qui est prioritaire en mer ?
Le RIPAM vulgarisé : hiérarchie des privilèges, croisements voile et moteur, chenaux, feux de nuit — les réflexes pour croiser sans stress en mer.

En mer, la priorité est fixée par le RIPAM, le Règlement international pour prévenir les abordages en mer. Retenez la logique : moins un navire peut manœuvrer, plus il est privilégié — et entre deux bateaux à moteur, celui qui vient par tribord passe devant. La priorité n'exonère jamais de la veille permanente, ni de la manœuvre d'évitement en dernier recours.
La hiérarchie des privilèges : qui s'efface devant qui
Le RIPAM classe les navires du plus privilégié au moins privilégié : navire non maître de sa manœuvre (avarie), navire à capacité de manœuvre restreinte (dragage, travaux sous-marins), navire handicapé par son tirant d'eau, navire en action de pêche (chaluts ou filets déployés, pas le pêcheur à la traîne du dimanche), voilier, puis navire à moteur. Chacun s'écarte de tous ceux placés au-dessus de lui. Point capital : un voilier qui met son moteur en marche pour se propulser devient un navire à moteur au sens du règlement, même toutes voiles établies. La logique du texte est limpide : plus vous manœuvrez facilement, plus c'est à vous de manœuvrer.
Voilier contre voilier : une affaire d'amures
L'amure désigne le côté d'où vient le vent : bâbord amures, le vent arrive de bâbord et la grand-voile est à tribord. Deux règles suffisent. Un : amures différentes, le voilier tribord amures est privilégié, l'autre s'écarte. Deux : même amure, le bateau au vent s'écarte et le bateau sous le vent maintient sa route. Et une troisième pour les cas troubles : si vous êtes bâbord amures sans pouvoir déterminer l'amure de l'autre, considérez-vous non prioritaire et manœuvrez. En régate comme en croisière, ces règles sont les mêmes partout dans le monde.
Moteur contre moteur : les trois cas d'école
Premier cas, le face-à-face : chacun vient sur tribord et l'on se croise bâbord à bâbord, comme sur une route à double sens. Deuxième cas, les routes qui se croisent : le navire qui voit l'autre arriver par tribord s'écarte — autrement dit, celui qui vient de votre droite est prioritaire. Troisième cas, le rattrapant : celui qui rattrape s'écarte, toujours et sans exception — un voilier qui rattrape un bateau à moteur doit s'en écarter, malgré son privilège théorique. Dans tous les cas, la manœuvre doit être franche, ample et précoce : l'autre doit comprendre immédiatement votre intention.
Chenaux, dispositifs de séparation et gros navires
Dans un chenal étroit, les navires de moins de 20 mètres et les voiliers ne doivent pas gêner ceux qui ne peuvent naviguer en sécurité qu'à l'intérieur du chenal : cargos, ferries, pilotes. Les dispositifs de séparation de trafic (les « autoroutes » des zones chargées) se traversent cap perpendiculaire à la circulation. Face aux gros navires, oubliez la théorie : un cargo lancé à 18 nœuds parcourt un mille en trois minutes vingt, avec un angle mort de plusieurs centaines de mètres devant l'étrave et une capacité d'arrêt quasi nulle. En pratique, on passe derrière, on ne « teste » jamais son privilège contre 200 mètres d'acier.
Les feux de nuit : lire les intentions dans le noir
De nuit, les feux racontent tout : rouge à bâbord, vert à tribord, blanc à la poupe, et un ou deux feux blancs en tête de mât pour les navires à propulsion mécanique. Quelques lectures types : un vert seul, vous voyez son flanc tribord, il croise votre route ; rouge et vert ensemble, il vient droit sur vous ; un blanc seul, vous le rattrapez — ou c'est un mouillage ; rouge et vert sans feu de mât, c'est un voilier. Le réflexe vital, de jour comme de nuit : un relèvement constant avec une distance qui diminue signifie un risque d'abordage. Approfondissez avec notre guide de la navigation de nuit.
Par où commencer : ancrer les réflexes
- Apprenez par cœur les quatre situations types : face-à-face, routes croisées, rattrapant, voile contre voile.
- Dès qu'un doute existe, prenez des relèvements successifs au compas : s'ils ne bougent pas, manœuvrez tôt.
- Manœuvrez franchement : un changement de cap de 30 degrés se voit, une retouche de 5 degrés ne se voit pas.
- Privilégié ne veut pas dire passif : maintenez cap et vitesse, mais le règlement vous impose d'éviter l'abordage en dernier recours. Cinq coups brefs de corne signalent votre incompréhension ou le danger.
- La veille visuelle et auditive reste obligatoire en permanence ; l'électronique aide, elle ne remplace pas — voyez notre guide de la navigation électronique.
- Le RIPAM est au programme du permis et des formations ; les termes (amure, relèvement, privilégié...) sont dans le glossaire.
Questions fréquentes
Qui est prioritaire entre un voilier et un bateau à moteur ?
Le voilier, en règle générale : le navire à moteur doit s'écarter. Trois exceptions majeures : le voilier qui rattrape un bateau à moteur s'écarte ; dans un chenal étroit, le voilier ne doit pas gêner un gros navire qui ne peut naviguer qu'à l'intérieur ; et face à un navire en pêche ou non maître de sa manœuvre, le voilier s'efface. Moteur en marche, le voilier devient lui-même un navire à moteur.
Comment savoir s'il y a un risque d'abordage ?
Prenez plusieurs relèvements successifs de l'autre navire, au compas de relèvement ou en l'alignant avec un chandelier. Si le relèvement reste constant pendant que la distance diminue, vous êtes en route de collision : il faut manœuvrer. Un relèvement qui défile nettement vers l'avant ou l'arrière indique au contraire que vous passerez clairs l'un de l'autre.
Que faire si le navire qui doit s'écarter ne manœuvre pas ?
Le règlement prévoit ce cas : le navire privilégié maintient d'abord cap et vitesse, puis, dès qu'il devient évident que l'autre ne manœuvre pas, il doit agir lui-même pour éviter l'abordage. Signalez votre doute par cinq coups brefs de corne de brume, manœuvrez largement, et évitez en général de venir sur bâbord pour un navire situé sur votre bâbord.