Traverser l'Atlantique : préparation, route, ARC
Canaries–Antilles par la route des alizés : 2 700 milles, 15 à 21 jours de mer. Préparer le bateau, l'équipage, et ce que l'ARC change vraiment.

Traverser l'Atlantique en voilier par la route des alizés — des Canaries aux Antilles, environ 2 700 milles — demande 15 à 21 jours de mer pour un voilier de croisière de 40 à 50 pieds, avec un départ idéal entre fin novembre et mi-janvier. Ce n'est pas un exploit réservé aux professionnels : chaque hiver, plusieurs centaines de bateaux de plaisance la réalisent, dont beaucoup d'équipages familiaux. C'est en revanche un projet qui se prépare sérieusement, un an à l'avance pour la plupart.
La route des alizés : descendre au sud, puis tourner à droite
Le dicton des anciens tient toujours : on descend vers le sud « jusqu'à ce que le beurre fonde », puis on met le cap à l'ouest. Concrètement, depuis les Canaries, on plonge au sud-ouest jusqu'à trouver l'alizé établi, vers 20° nord, avec une escale possible au Cap-Vert pour couper la route et compléter l'avitaillement. Ensuite, c'est du portant quasi continu : 15 à 25 nœuds dans le dos, une houle d'est régulière, et des journées de 120 à 160 milles pour un bateau bien mené. Le retour vers l'Europe, lui, passe par le nord et les Açores en mai-juin : c'est une navigation plus dure et plus froide, à ne pas sous-estimer quand on planifie l'aller.
Préparer le bateau : ce qui casse vraiment
Au portant pendant trois semaines, tout ce qui peut raguer raguera. Le ragage est l'ennemi numéro un : drisses, écoutes, retenues de bôme, tout se contrôle et se protège. Le gréement mérite une inspection professionnelle complète avant le départ, moins d'un an avant. Viennent ensuite les voiles de portant (tangon et génois tangonné, spi asymétrique ou voile d'aile), un pilote automatique dimensionné large avec pièces de rechange — ou un régulateur d'allure —, et un budget énergie cohérent : hydrogénérateur et solaire ont largement remplacé le moteur qui tourne. Côté sécurité, votre pavillon impose un armement hauturier (en France, la Division 240) : radeau révisé, balise EPIRB, VHF ASN, et désormais presque toujours une connexion satellite pour la météo. Le glossaire détaille ces termes si besoin.
Préparer l'équipage : des quarts, des vivres, du sommeil
La plupart des bateaux traversent à trois, quatre ou cinq : assez pour des quarts confortables, pas trop pour la promiscuité. Testez vos équipiers avant, sur un convoyage réel — un golfe de Gascogne ou une descente vers Madère révèle plus qu'un entretien. Les 48 premières heures appartiennent au mal de mer : prévoyez des plats préparés à l'avance et des quarts courts. Côté vivres : une semaine de frais, trois semaines de secs, et une réserve de sécurité ; pour l'eau, 3 litres par personne et par jour, le dessalinisateur restant un confort, pas une obligation. Le sommeil est la vraie monnaie du bord : un équipage reposé prend de bonnes décisions, un équipage épuisé accumule les petites erreurs.
L'ARC : ce que la traversée en flottille change vraiment
L'ARC (Atlantic Rally for Cruisers) part de Las Palmas fin novembre, avec 150 à 200 bateaux, pour rallier Sainte-Lucie. Ce que vous achetez, pour un budget global de l'ordre de 2 000 à 4 000 € selon la taille du bateau et l'équipage : des contrôles de sécurité exigeants avant le départ, des séminaires de préparation, un suivi des positions, et une vie sociale intense aux deux extrémités. Ce que l'ARC ne fournit pas : le vent, ni l'expérience à votre place — chaque bateau reste autonome en mer, et les secours au milieu de l'Atlantique se comptent en jours. La date fixe est à double tranchant : elle structure la préparation, mais peut vous faire partir dans une fenêtre météo moyenne. Les équipages autonomes partent souvent quelques semaines plus tard, quand les alizés sont mieux établis.
Dix-huit à vingt et un jours de vie en mer
Une transat réussie est une transat monotone. Les journées s'organisent autour des quarts, de la cuisine, de la pêche à la traîne, des fichiers météo du matin et des petites réparations. Les jours 3 à 5 sont souvent les plus durs moralement : la terre est loin derrière, l'arrivée n'existe pas encore. Puis le rythme s'installe, et beaucoup décrivent la deuxième moitié comme l'une des plus belles expériences de leur vie de marin. L'arrivée aux Antilles, elle, se prépare : lisez notre guide de la saison caraïbe pour en profiter pleinement.
Par où commencer
- Accumulez les milles au portant et de nuit : un stage hauturier et un convoyage valent tous les livres.
- À T-12 mois : inspection du gréement, liste de refit, choix des voiles de portant.
- À T-6 mois : équipage confirmé et testé en mer, plan énergie validé sur 48 h en autonomie.
- Décidez ARC ou départ libre selon votre profil : premier passage en famille, l'ARC rassure ; marins autonomes, la fenêtre libre gagne.
- Si la transat est la première étape d'un grand projet, lisez le tour du monde à la voile avant de choisir le bateau sur le catalogue des voiliers.
Questions fréquentes
Combien de temps dure une traversée de l'Atlantique en voilier ?
Comptez 15 à 21 jours des Canaries aux Antilles pour un voilier de croisière de 40 à 50 pieds, à 120-160 milles par jour. Les catamarans rapides descendent sous 14 jours, les bateaux plus petits ou prudents montent à 25. Le retour par les Açores, contre les vents dominants, est plus long et plus exigeant.
Quel bateau faut-il pour traverser l'Atlantique ?
L'état du bateau compte plus que sa taille : des voiliers de 32 à 36 pieds bien préparés traversent chaque année sans histoire. Les points critiques sont le gréement, le safran, le pilote, l'énergie et l'étanchéité. Un 40-46 pieds récent offre simplement plus de confort et de vitesse, pas plus de sécurité intrinsèque.
L'ARC vaut-elle son prix ?
Pour un premier passage, souvent oui : les contrôles de sécurité, les séminaires et la communauté valent les 2 000 à 4 000 € engagés, surtout en famille ou en équipage réduit. Les marins expérimentés préfèrent fréquemment partir hors rallye, plus tard dans la saison, sur une fenêtre météo choisie librement.